Langage inclusif : la langue réduite à de la simple communication ?

Photo de Rodolfo Clix sur Pexels.com

Dans un portrait aux couleurs sulpiciennes dressé ce jour dans 24 Heures, Pascal Gygax, apôtre de l’écriture inclusive, exprime une de ces vérités foudroyantes qui tombent, presque comme par hasard, sur le lecteur. Que dit cet universitaire, co-auteur de « Le cerveau pense-t-il au masculin » qui vient de sortir de presse ? On l’interroge, en fin d’article, sur ces grincheux réactionnaires qui estiment que le langage inclusif « estropie la langue de Molière ». Il faut ici citer l’article, et son sujet : « (…) il répond d’une traite, la barbe haute (sic), plantant ses yeux clairs dans les vôtres (re-sic) : « Si par belle littérature on entend assoir une aristocratie par l’éducation d’une langue arbitrairement complexe, ça ne me plait pas. Ce que j’aime moi, c’est la communication ».

Tout est là : la dévalorisation de l’exigence, de la culture et de l’effort, et un curieux ton un peu méprisant. On ne voit pas en effet « d’aristocratie » plus ouverte que celle de la langue, qui s’acquiert par le travail, l’étude et le recueillement. Mais sans doute faut-il repeindre au minium les adversaires de la novlangue inclusive. On retrouve aussi naturellement ce redoublement du sujet un peu enfantin : ce que j’aime moi…. Et il y a surtout ce formidable aveu, la langue, ce n’est que de la communication. Elle doit certes s’accommoder des nobles intentions des locuteurs, de leurs agendas divers (une société plus inclusive, luttant contre le Patriarcat, etc.), mais ce n’est qu’un moyen utilisable, modifiable au gré des intentions et des objectifs poursuivis. Au fond, si la lutte contre la Patriarcat devait passer par l’imposition du volapük, on sent que notre auteur s’y résoudrait sans trop de peine.

Or la langue ce n’est pas cela, c’est le cœur battant d’une histoire et d’une civilisation, la racine d’une identité, l’inscription de l’homme différencié dans l’histoire. Il n’y a rien de plus proche de l’âme. Traiter la langue comme un pur moyen, un simple outil de communication, c’est la réduire à presque rien, à un sabir pour créatures universelles et indifférenciées, à un babil de petits pois entre eux dans une boîte de conserve. C’est ce qui rend d’ailleurs son imposition au travail si insupportable : https://droitdutravailensuisse.com/2020/03/01/peut-on-imposer-lecriture-inclusive-ou-epicene-a-ses-employes/

Me Philippe Ehrenström, LL.M., avocat, Genève et Onnens (VD)

A propos Me Philippe Ehrenström

Ce blog présente certains thèmes juridiques en Suisse ainsi que des questions d'actualité. Il est rédigé par Me Philippe Ehrenström, avocat indépendant, LL.M. (Tax), Genève et Yverdon.
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