Les précieuses ridicules, ou le retour du psycholinguiste

Photo de rahul bachwaa sur Pexels.com

On avait déjà parlé du psycholinguiste dans un billet précédent (https://droitdutravailensuisse.com/2021/06/03/langage-inclusif-la-langue-reduite-a-de-la-simple-communication/).

Le voilà qui revient en fanfare dans le Temps de ce jour pour célébrer l’introduction d’une orthographe « rectifiée » (lire appauvrie, abêtie) dès 2023 et l’encouragement fait au corps enseignant d’utiliser le langage épicène.

Il faut lire le psycholinguiste, en ce qu’il dit du temps (et du Temps), en se cantonnant à l’orthographe « rectifiée » (comme on dit d’une victime corrigée par un malfrat).

La complexité de la langue française serait ainsi « arbitraire », et il y aurait une « scission croissante » entre l’écrit et l’oral au niveau de l’orthographe. On se demande ce que serait une langue non « arbitraire » ? Chaque langue a ses codes, son histoire, ses références et ses évolutions. Elle n’a évidemment rien de naturel, ni de juste au sens de la justice (au niveau de la justesse, par contre…) Cela n’a donc aucun sens de parler d’arbitraire, sauf à ce que la langue soit une pure fonctionnalité (on pourrait alors la réduire à quelques borborygmes, nous n’en sommes pas loin). Quant à la « scission croissante », ce n’est que la constatation empirique que la langue parlée n’est pas la langue écrite, ce qui n’a rien de révolutionnaire, sauf à vouloir dynamiter la seconde pour palier aux faiblesses de la première (et aux lacunes de bien mauvais maîtres).

L’idée serait que la complexité de la langue ressortirait d’un complot aristocratique pour maintenir la domination et les pouvoirs d’une classe et d’un sexe (vous devinerez lesquels). Oui nous dit le psycholinguiste, il y aurait une forme de beauté dans la norme, mais si elle empêche l’élève de progresser, à quoi bon ? Cela revient à jeter à terre les obstacles pour entraîner à les sauter.

Quant aux classiques de la littérature française, ils seraient, nous dit le psycholinguiste, devenus incompréhensibles. Un Président français de petite taille s’était déjà moqué de La Princesse de Clèves (1678). Le psycholinguiste, lui, va plus loin et nous dit : « Essayez de déchiffrer un texte de Molière [XVIIe siècle, ndlr], c’est tout bonnement incompréhensible. »

Tout est à savourer ici, l’ajout de la rédactrice d’abord, qui tient à nous faire remarquer que Molière vivait et écrivait au XVIIe siècle, ce dont nous ne saurions nous douter…. L’adjectif « incompréhensible » ensuite, appliqué à Molière, que nous lisions pourtant à l’école dans notre jeunesse, et donc la langue vive et fraîche, l’insolence, faisaient le sel de nos soirées théâtrales d’adolescents.

Nous en sommes là : pour le psycholinguiste, Molière est devenu incompréhensible. Cela explique, sans doute, son prurit de simplification de la langue, son goût de la ramener à un sabir de petits poids indifférenciés dans les boîtes de conserve mondialisées. La langue française deviendra donc une sorte de « globish », à la grande satisfaction du psycholinguiste.

Me Philippe Ehrenström, LL.M., avocat, Genève et Onnens (VD)

A propos Me Philippe Ehrenström

Ce blog présente certains thèmes juridiques en Suisse ainsi que des questions d'actualité. Il est rédigé par Me Philippe Ehrenström, avocat indépendant, LL.M. (Tax), Genève et Yverdon.
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